Remembrance of translations past

From the Public Domain Review — "Although Charles Kenneth Scott Moncrieff’s translation of À la recherche du temps perdu is considered by many journalists and writers to be the best translation of any foreign work into the English language, his choice of Remembrance of Things Past as the general title alarmed the seriously ill Proust and misled generations of readers as to the novelist’s true intent. It wasn’t until 1992 that the title was finally changed to In Search of Lost Time. “Remembrance of Things Past” is a beautiful line from William Shakespeare’s sonnet 30, but it conveys an idea that is really the opposite of Proust’s own. When Scott Moncrieff chose this title, he did not know, of course, where Proust was going with the story and did not correctly interpret the title, which might indeed be taken to indicate a rather passive attempt by an elderly person to recollect days gone by."

On translating Proust

After noting in Against Sainte-Beuve how beautiful books are written in a sort of foreign language, Proust observed of such works that “beneath each word each of us places our understanding or, at least, our image, and which is often a misunderstanding.” Many of the misunderstandings and disagreements of those who have dedicated so much to understanding Proust’s book are a natural result of our different images, our different imaginations, our different perspectives.

Literature Without Style: “Style is the transformation the writer imposes on reality,” Proust tells us. We know what he means, perhaps, but the claim hardly helps us describe how a style is created or how it achieves its effects. In fact I can think of no adequate definition of style, if only because it is always diffuse throughout a text. It cannot be pinned down or wrapped up. All the same, we know at once when style is present, especially when it is extreme.”

Quelquefois, comme Ève naquit d’une côte d’Adam, une femme naissait pendant mon sommeil d’une fausse position de ma cuisse. Formée du plaisir que j’étais sur le point de goûter, je m’imaginais que c’était elle qui me l’offrait. Mon corps qui sentait dans le sien ma propre chaleur voulait s’y rejoindre, je m’éveillais. Le reste des humains m’apparaissait comme bien lointain auprès de cette femme que j’avais quittée, il y avait quelques moments à peine ; ma joue était chaude encore de son baiser, mon corps courbaturé par le poids de sa taille. Si, comme il arrivait quelquefois, elle avait les traits d’une femme que j’avais connue dans la vie, j’allais me donner tout à ce but : la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée et s’imaginent qu’on peut goûter dans une réalité le charme du songe. Peu à peu son souvenir s’évanouissait, j’avais oublié la fille de mon rêve.

Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes. Il les consulte d’instinct en s’éveillant, et y lit en une seconde le point de la terre qu’il occupe, le temps qui s’est écoulé jusqu’à son réveil ; mais leurs rangs peuvent se mêler, se rompre. Que vers le matin, après quelque insomnie, le sommeil le prenne en train de lire, dans une posture trop différente de celle où il dort habituellement, il suffit de son bras soulevé pour arrêter et faire reculer le soleil, et à la première minute de son réveil, il ne saura plus l’heure, il estimera qu’il vient à peine de se coucher. Que s’il s’assoupit dans une position encore plus déplacée et divergente, par exemple après dîner assis dans un fauteuil, alors le bouleversement sera complet dans les mondes désorbités, le fauteuil magique le fera voyager à toute vitesse dans le temps et dans l’espace, et au moment d’ouvrir les paupières, il se croira couché quelques mois plus tôt dans une autre contrée. Mais il suffisait que, dans mon lit même, mon sommeil fût profond et détendît entièrement mon esprit ; alors celui-ci lâchait le plan du lieu où je m’étais endormi, et quand je m’éveillais au milieu de la nuit, comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais ; j’avais seulement dans sa simplicité première le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ; j’étais plus dénué que l’homme des cavernes ; mais alors le souvenir — non encore du lieu où j’étais, mais de quelques-uns de ceux que j’avais habités et où j’aurais pu être — venait à moi comme un secours d’en haut pour me tirer du néant d’où je n’aurais pu sortir tout seul ; je passais en une seconde par-dessus des siècles de civilisation, et l’image confusément entrevue de lampes à pétrole, puis de chemises à col rabattu, recomposaient peu à peu les traits originaux de mon moi.

— Marcel Proust, À la recherche du temps perdu (Combray)

The Modernism Lab at Yale: Marcel Proust

The Modernism Lab at Yale: Marcel Proust

Next to this central belief which, while I was reading, would be constantly reaching out from my inner self to the outer world, towards the discovery of truth, came the emotions aroused in me by the action in which I was taking part, for these afternoons were crammed with more dramatic events than occur, often, in a whole lifetime. These were the events taking place in the book I was reading. It is true that the people concerned in them were not what Francoise would have called “real people.” But none of the feelings which the joys or misfortunes of a real person arouse in us can be awakened except through a mental picture of those joys or misfortunes; and the ingenuity of the first novelist lay in his understanding that, as the image was the one essential element in the complicated structure of our emotions, so that simplification of it which consisted in the suppression, pure and simple, of real people would be a decided improvement. A real person, profoundly as we may sympathize with him, is in great measure perceptible only through our senses, that is to say, remains opaque, presents a dead weight which our sensibilities have not the strength to lift. If some misfortune comes to him, it is only in one small section of the complete idea we have of him that we are capable of feeling any emotion; indeed it is only in one small section of the complete idea he has of himself that he is capable of feeling any emotion either.

Marcel Proust, In Search of Lost Time, “Combray” episode.